Des pesticides interdits prévus sur un site de stockage dans le Pas de Calais
La société Act’Appro, située dans le Pas de Calais, a déposé un dossier pour demander l’autorisation d’agrandir son site de stockage de pesticides jusqu’à la capacité de 2 400 tonnes, dont 666 tonnes classées T et 15 tonnes T+ (toxique et très toxiques). Le seuil de classement d’un stockage en catégorie « Seveso haut » est de 500 tonnes seulement !
Les membres de l’association écologiste locale NATS (Non à Ternois Seveso) se posent des questions. «Pourquoi ce dossier, n’est-il toujours pas passé devant le Conseil Départemental d’Hygiène ? (le CDH aurait dû l’étudier dès février)», s’interroge Frédéric Lefèvre (Président de NATS). Si ce dossier est sans risque, pourquoi la Mission Inter Services de l’Eau (MISE) a-t-elle donc émis un «avis défavorable» sur le choix de rejet des eaux en milieu naturel présenté par Act’Appro? Comment se fait-il, aussi, «que nous n’ayons pas encore eu connaissance des résultats de l’enquête publique»?
A la demande de la NATS, le MDRGF a étudié le dossier préalable à l’autorisation déposé par la société Act’Appro. Nous avons eu la stupeur de trouver que plusieurs spécialités phytosanitaires, prévues pour être entreposées sur ce stockage, sont interdites d’emploi en France et en Union Européenne depuis plusieurs années ! Ces produits contiennent en effet des substances actives interdites comme l’Atrazine, le Terbufos (classé T), l’Endosulfan (classé T) ou encore le Parathion méthyl, (classé T+ !).
Le MDRGF a immédiatement prévenu le Préfet du Pas de Calais par lettre en le mettant en garde contre les dérives présentées par cette situation : « …pourquoi autoriser le stockage de matières actives très dangereuses, interdites à l’emploi en France, sur ce site ? Elles ne bénéficieront pas aux agriculteurs de la région qui ne pourront pas les employer et leur stockage servira seulement les buts lucratifs de l’entreprise Act’Appro qui essayera éventuellement de les exporter vers des pays où ces substances sont autorisées, à moins que l’entreprise ne décide de se servir du stockage comme une sorte de « décharge » pour pesticides dangereux interdits !
De plus, l’entreprise prévoit le stockage de spécialités extrêmement toxiques à base de paraquat comme le Gramoxone plus®. Le paraquat est un composé extrêmement toxique pour lequel, selon l’avis même du représentant du ministère de la Santé à la commission d'étude de la toxicité des produits antiparasitaires à usage agricole, il n’existe aucun antidote ! Comment l’entreprise entend elle dans ces conditions, pouvoir répondre aux éventuelles exigences d’un arrêté préfectoral qui, comme celui déjà accordé le 27/10/2003 prévoit dans son article 11 que l’exploitant devra fournir : « les moyens curatifs pouvant être utilisés pour traiter les personnes exposées à cette pollution » ?
Plusieurs semaines après l’envoi de cette lettre, nous n’avons toujours eu aucune réponse du Préfet.
A ce jour, les riverains n’ont toujours pas reçu les résultats de l’enquête publique et ne savent pas pourquoi Act’Appro veut stocker des pesticides interdits !
Dernières nouvelles en date (au 2 décembre 2005) :
1. Le projet Act'Appro a reçu un avis favorable lors du Comité d’Hygiène (CDH) du 24 novembre 2005. Les témoignages confirment que ce projet est défendu ardemment par le Secrétaire général de la préfecture (Patrick Mille) et la décision d'autorisation du préfet ne fait plus aucun doute.
10 voix pour dont les 6 services d'Etat et Patrick Mille, 4 abstentions, et 3 contre. Des absences regrettées (pêche, un conseiller général, 2 maires...).
L'un des articles du procès verbal d'installation ayant reçu l'avis favorable, mentionne : " l'industriel est tenu de transmettre la liste des produits susceptibles d'être stockés, chaque année avant le 31 décembre". Or, d’une part, cela devrait évidement être fait dès le 1er janvier et, d’autre part, jusqu’à présent, pour ce site, il semble que l’industriel n’ait pas fourni de dossier encore complet.
2. L’association Ternas a lancé une pétition signée par déjà plus de 1500 personnes et a décidé de réagir en défendant l'idée que les citoyens-habitants doivent être entendus. Des actions vont être mises en place pour interpeller, les représentants politiques, les médias (et le préfet) mi-décembre (pour en savoir plus contacter Ternas).